Rester 29 minutes et 3 secondes sans respirer paraît irréel. Pourtant, Vitomir Maričić a bien signé en 2025 un record d’apnée qui bouscule les repères habituels, entre maîtrise mentale, protocole strict et physiologie poussée à l’extrême. Derrière ce chiffre, il y a moins un simple exploit qu’une démonstration spectaculaire des limites humaines face au souffle.
L’article en bref
Un record hors norme remet la respiration humaine au centre du jeu, entre science, mental et danger contrôlé. L’apnée devient ici un terrain d’exploration fascinant pour comprendre jusqu’où l’endurance peut aller.
- Un record hors norme : 29 minutes et 3 secondes sous l’eau
- Un protocole très encadré : oxygène pur avant immersion en piscine
- Un duel mental : le CO2 déclenche l’envie de respirer
- Une performance engagée : record dédié à la protection des océans
Ce record dit autant sur la physiologie humaine que sur la puissance du mental et de la préparation.
La performance a été réalisée le 14 juin à Opatija, en Croatie, puis homologuée par le Guinness World Records quelques jours plus tard. Le Croate, déjà connu pour plusieurs exploits en apnée, a ainsi effacé une marque antérieure détenue depuis 2021 par son compatriote Budimir Šobat. Face à un tel chrono, une question s’impose naturellement : s’agit-il encore d’un simple record sportif, ou d’une véritable exploration des marges de la physiologie humaine ?
Dans l’univers de l’apnée, le chiffre brut impressionne, mais le contexte compte autant. Cette tentative relevait de l’apnée statique assistée à l’oxygène pur, une catégorie distincte de l’apnée « à l’air » pratiquée en compétition classique. Autrement dit, les réserves de départ étaient volontairement maximisées, sans pour autant supprimer la difficulté : le corps reste soumis à la montée du CO2, aux contractions du diaphragme et à une pression mentale immense.

Le record d’apnée qui redéfinit le souffle humain
La comparaison avec l’apnée classique est éclairante. En compétition, le record mondial officiel en statique à l’air appartient toujours à Stéphane Mifsud avec 11 minutes et 35 secondes, tandis que le meilleur temps de Maričić dans cette version est de 10 minutes et 8 secondes. L’écart avec les 29 minutes et 3 secondes atteint ici n’a donc rien d’anodin : il s’explique par l’inhalation préalable d’oxygène pur, autorisée dans cette catégorie particulière, qui permet de saturer les réserves corporelles bien au-delà de la normale.
Le gain est spectaculaire, mais il ne gomme pas le risque. Respirer de l’oxygène à 100 % pendant une longue durée peut exposer à une toxicité pulmonaire ou neurologique, ce qui impose un cadre médical rigoureux. Le record ne se résume donc pas à « tenir plus longtemps » : il repose sur un équilibre délicat entre préparation, contrôle et tolérance à une situation physiologique extrême.
Quand le CO2, et non le manque d’oxygène, fait céder le corps
La plupart des non-initiés pensent que l’envie de respirer surgit quand l’oxygène vient à manquer. En réalité, c’est surtout l’accumulation de CO2 qui déclenche la sensation de détresse, les contractions et l’urgence à reprendre de l’air. Voilà pourquoi un apnéiste peut se sentir « en noyade » mentalement alors que ses réserves d’oxygène restent encore exploitables.
Vitomir Maričić l’a résumé après sa tentative : après une vingtaine de minutes, l’effort devenait plus simple sur le plan psychologique, mais le diaphragme, lui, imposait une autre vérité. Les contractions prenaient le dessus, le corps voulait reprendre son rythme, et le mental devait rester plus stable que la mécanique interne. C’est souvent là que se joue l’issue d’une grande performance : dans la capacité à rester lucide quand tout pousse à l’abandon.
Un nageur amateur qui a déjà vécu une panique respiratoire au fond d’un bassin comprend facilement ce mécanisme. Le cerveau n’aime ni l’attente, ni l’inconfort prolongé, encore moins l’incertitude. En apnée, le vrai adversaire n’est pas seulement le temps : c’est la réaction instinctive du corps face à ce temps qui s’étire.
Ce que révèle la physiologie d’une apnée exceptionnelle
Chez un apnéiste de ce niveau, tout est préparé pour réduire la consommation d’oxygène : relaxation, fréquence cardiaque abaissée, immobilité quasi totale, contrôle du stress. Le corps active alors ses réflexes de protection, notamment la réponse d’immersion, qui ralentit le cœur et redistribue le sang vers les organes vitaux. Cette économie interne explique comment l’organisme peut traverser une immersion qui semblerait impossible à un pratiquant ordinaire.
Il faut aussi mesurer la place du mental. Maričić dit avoir envisagé la possibilité d’abandonner vers 20 minutes, avant de repartir dans une forme de dialogue intérieur où la volonté reprend le dessus. Ce type de bascule n’a rien d’un mythe : dans les sports d’endurance, le moment où la tête accepte la douleur fait souvent la différence entre un bon essai et une performance historique.
Les étapes d’une immersion extrême, minute après minute
La vidéo de sa tentative montre un déroulé presque clinique, où chaque phase du record correspond à une bataille différente. Voici comment le corps semble franchir les paliers de cette apnée hors norme :
- 0 à 5 minutes : détente, installation du calme et réduction volontaire du rythme interne
- 5 à 10 minutes : montée nette de l’envie de respirer, sous l’effet du CO2
- 10 à 15 minutes : contractions plus intenses, concentration maximale, gestion de la douleur
- Au-delà : priorité absolue au mental, au contrôle et à la stabilité gestuelle
Cette progression dit quelque chose d’essentiel : en apnée, le temps n’est pas uniforme. Il change de texture selon les sensations, et chaque minute supplémentaire coûte plus cher que la précédente. C’est là que l’endurance prend un sens très particulier, à la frontière de la performance et de la survie contrôlée.
Un record sportif chargé de sens et de transmission
Vitomir Maričić n’a pas seulement voulu tester ses capacités. Ce record s’inscrivait aussi dans la campagne « Fit for the Ocean » portée par Sea Shepherd, avec un message clair sur la protection des mers. L’apnée devient alors un outil de visibilité, presque une tribune silencieuse : tenir sous l’eau pour rappeler ce qui disparaît à la surface.
Son parcours donne d’ailleurs de l’épaisseur à cette démarche. Ingénieur informatique de formation, aussi diplômé en kinésithérapie, il a longtemps navigué entre plusieurs disciplines physiques, de l’alpinisme à l’escalade. Ce mélange d’endurance, de précision et de résistance à l’inconfort explique la cohérence d’un profil capable de transformer un record en symbole.
Pour un lecteur habitué au sport amateur, le parallèle est parlant. La discipline, la récupération, la gestion du stress et l’écoute des signaux corporels comptent dans un semi-marathon comme dans une immersion extrême. Seule l’échelle change, pas la logique profonde : progresser sans brûler les étapes.
À ce sujet, les pratiquants qui veulent mieux comprendre leur respiration ou leur récupération peuvent aussi s’intéresser à des sujets proches comme les solutions contre les ronflements et leurs liens avec le sommeil ou les facteurs qui influencent la graisse abdominale, deux thèmes qui éclairent indirectement la qualité du souffle et l’hygiène de vie. Même loin de la piscine, la performance commence souvent par là.
Les disciplines de l’apnée et leurs exigences concrètes
L’apnée ne se résume pas à un seul type de record. Entre la statique, la dynamique et les épreuves en profondeur, les contraintes changent radicalement, tout comme les stratégies de préparation. Certaines variantes favorisent la distance, d’autres l’immobilité, d’autres encore la descente, mais toutes reposent sur une même base : économiser le souffle sans perdre le contrôle.
Dans les clubs, cette diversité attire des profils très différents. Un ancien nageur, un plongeur de loisir ou un sportif de trail peuvent y trouver des sensations opposées, mais complémentaires. Pour comprendre ces nuances, un tableau simple permet de situer les grandes familles de pratique et leurs enjeux.
| Discipline | Principe | Repère actuel | Risque dominant |
|---|---|---|---|
| Apnée statique avec oxygène | Immobilité complète après pré-oxygénation | 29 min 3 s | Toxicité à l’oxygène, syncope |
| Apnée statique à l’air | Rétention du souffle sans assistance | 11 min 35 s | Hypoxie, perte de connaissance |
| Apnée dynamique | Parcours en piscine sur une distance | Plus de 300 m chez les meilleurs | Fatigue, hypoxie |
| Apnée profonde | Descente verticale en mer | Plus de 130 m | Barotraumatisme, désaturation |
Dans cet éventail, l’exploit de Maričić appartient à une catégorie à part, plus proche d’un protocole de laboratoire que d’une simple plongée de loisir. C’est aussi ce qui fascine : la frontière entre sport, science et mise à l’épreuve du vivant y devient presque invisible.
Pour ceux qui veulent explorer une forme d’immersion plus ludique mais exigeante, le hockey subaquatique offre un autre rapport au souffle, à l’espace et au collectif. L’effort y est moins statique, mais la gestion respiratoire reste centrale, preuve que la plongée peut aussi être un terrain de jeu technique.
Ce que les records d’apnée disent des limites humaines
Les records fascinent parce qu’ils donnent une forme à l’invisible. Ici, l’invisible, c’est le combat intérieur entre le réflexe respiratoire, le CO2, la peur et la maîtrise. Quand un athlète repousse ce seuil pendant près de trente minutes, il ne bat pas seulement un chrono : il redéfinit l’idée même de ce que le corps peut supporter sous contrôle.
Mais cette fascination ne doit pas masquer une évidence. L’apnée de haut niveau reste réservée à des athlètes expérimentés, encadrés par des équipes compétentes et des protocoles stricts. En dehors de ce cadre, l’improvisation peut vite transformer une recherche de performance en accident réel.
Au fond, ce record rappelle une chose simple et puissante : les limites humaines bougent, mais jamais au hasard. Elles reculent quand la préparation, la science et le mental avancent ensemble.
Pourquoi l’envie de respirer devient-elle si forte en apnée ?
Elle vient surtout de l’accumulation de CO2 dans le sang, bien plus que d’une simple baisse d’oxygène. C’est ce signal qui déclenche contractions, gêne et réflexe respiratoire.
Le record de Vitomir Maričić est-il comparable à l’apnée classique ?
Pas directement. Son record a été réalisé après inhalation d’oxygène pur, dans une catégorie spécifique, alors que l’apnée classique se fait à l’air et dure beaucoup moins longtemps.
Quels sont les principaux dangers d’une longue apnée ?
Les risques majeurs sont la syncope, l’hypoxie, la toxicité à l’oxygène et certains traumatismes liés à la pression. C’est une pratique qui exige un encadrement sérieux.
Comment un apnéiste prépare-t-il une tentative aussi longue ?
La préparation combine relaxation, économie d’oxygène, contrôle du rythme cardiaque, travail mental et protocole de sécurité très strict. Chaque détail compte.
L’apnée peut-elle avoir un intérêt pour le grand public ?
Oui, dans un cadre adapté. Elle améliore la conscience respiratoire, la gestion du stress et la connaissance de ses signaux corporels, à condition de rester prudente et progressive.




